Pourquoi certains bassins virent au cauchemar

Pourquoi certains bassins virent au cauchemar

En 15 ans et des centaines de bassins installés dans le Nord-Pas-de-Calais, j'ai vu à peu près tous les scénarios possibles. Des installations magnifiques qui durent 20 ans sans problème, et des catastrophes totales qui nécessitent une refonte complète au bout de quelques mois.

La différence entre un bassin qui fonctionne et un bassin qui devient un gouffre financier ? Souvent, ce sont les mêmes erreurs qui reviennent. Certaines sont commises dès la construction, d'autres s'accumulent au fil des saisons par manque d'entretien adapté.

Voici les 7 erreurs fatales que je croise encore et encore sur mes chantiers : 4 lors de la création du bassin, et 3 en entretien qu'il est encore temps de corriger avant le redémarrage du printemps.


PARTIE 1 : LES ERREURS DE CONSTRUCTION

Ces erreurs-là coûtent cher à réparer, car elles nécessitent souvent de reprendre le chantier depuis le début. Si vous envisagez de créer un bassin prochainement, prenez le temps de bien faire dès le départ.

Erreur #1 : Le terrassement approximatif Un terrassement sans marches pour les berges = impossible d'installer correctement les plantes et le skimmer

L'histoire qui revient souvent : un client veut économiser sur le terrassement et demande à un ami qui a une pelleteuse. Le problème, c'est que creuser un trou et creuser un bassin, ce n'est pas la même chose.

J'ai eu un chantier récent où le terrassement avait été fait par un ami du client. Résultat : un trou géant sans aucune marche pour les berges, pas d'emplacement prévu pour le skimmer, aucun palier pour les plantes aquatiques. Une fosse inexploitable. Nous avons dû tout reboucher (1 heure de travail), puis recreuser correctement (1 journée complète). Le client pensait gagner de l'argent, il a perdu du temps et payé deux fois : une fois pour le mauvais terrassement, une deuxième fois pour qu'on le refasse.

Ce qu'il faut retenir : Un bassin nécessite des marches à différentes profondeurs (30 cm pour les plantes de berge, 60 cm pour les nénuphars, 120-150 cm minimum pour la zone de vie des poissons). Ces paliers doivent être anticipés lors du terrassement. Sans eux, impossible de maintenir les berges correctement et d'intégrer la végétation aquatique.

Conséquence chiffrée : 45 tonnes de terre manipulées deux fois. Ce qui aurait dû prendre une journée de terrassement en a pris deux, sans compter le rebouchage intermédiaire.

Si vous prévoyez de créer un bassin, consultez notre guide complet sur le terrassement d'un bassin de jardin pour comprendre les étapes essentielles.


Erreur #2 : Construire en dur sur une bâche

Contour béton coulé sur bâche PVC = fuite garantie au bout de quelques années

Celle-là, je la vois trop souvent : des clients qui veulent un contour en béton, des margelles scellées, ou pire, un muret en briques directement posé sur la membrane EPDM.

À Roubaix, j'ai repris un bassin où le propriétaire précédent avait coulé un contour complet en béton directement sur une bâche PVC. Au bout de plusieurs années, la bâche avait fini par se perforer sous le poids et les mouvements du béton. Fuite non réparable. Le seul point positif de ce bassin était son emplacement : magnifiquement centré dans le jardin, visible depuis toutes les fenêtres de la maison, à proximité d'un liquidambar superbe. Mais tout était à refaire.

La démolition nous a pris trois jours de travail. Casser le béton au marteau-piqueur, évacuer les gravats, retirer la vieille bâche perforée, préparer à nouveau le terrain. Les nouveaux propriétaires ont payé une refonte complète alors qu'ils venaient d'acheter la maison.

Encore pire : à Somain, un bassin en béton de 10x10 mètres abandonné depuis des années. Casser et évacuer cette structure nous a demandé 3 jours de travail à trois personnes avec un BRH (brise-roche hydraulique) monté sur une grue de 5 tonnes, plus notre chargeuse pour les gravats. 50 tonnes de déchets évacués, à 250€ les 10m³ (soit environ 15 tonnes). Le coût de la démolition seule a dépassé plusieurs milliers d'euros.

50 tonnes de béton à casser et évacuer avant de pouvoir recréer un bassin en bâche EPDM

Le choix de la bâche EPDM pour le nouveau bassin était une évidence : moins de manipulation de matériaux (la bâche pesait 350 kg contre 50 tonnes de béton), plus respectueux du terrain, pas de fondation lourde à couler. Et vu la taille du bassin final, nous avons conseillé d'ajouter un plongeoir et une bonne filtration pour en faire une piscine naturelle. Le bassin est ainsi profitable été comme hiver : apaisant à regarder toute l'année, accessible à la baignade les beaux jours.


Erreur #3 : Les chutes d'eau mal dimensionnées

Lame d'eau inox trop courte = infiltrations dans les joints et dégradation du mur en 4 ans

Les cascades et lames d'eau, c'est magnifique... quand c'est bien conçu. Mais un caisson inox trop court, et c'est la catastrophe assurée.

À Saint-Amand-les-Eaux, intervention sur un bassin moderne très bien réalisé par des paysagistes. Le problème : la chute d'eau en inox était trop courte. En 4 ans à peine, l'eau s'était accumulée dans les joints des briques, provoquant des infiltrations et une dégradation visible du mur. Calcaire, mousses, humidité... le mur était pourri.

Reprendre entièrement le mur et remplacer le caisson inox aurait coûté plusieurs milliers d'euros. Nous avons opté pour une solution plus économique : une rallonge inox sur mesure. Coût total avec modification et installation : 750€ au lieu de plusieurs milliers. Le choix d'un caisson lame d'eau plus long dès le départ aurait évité tout ce problème.

cascade inox allongé et réparé

Ce qu'il faut retenir : Une chute d'eau doit projeter l'eau suffisamment loin du mur ou de la structure pour éviter les éclaboussures qui s'infiltrent. Si vous installez une lame d'eau, prévoyez au minimum 20 à 50 cm de débord par rapport au support. Sinon, l'eau ruisselle le long de la paroi et finit par s'infiltrer dans les matériaux poreux (briques, pierres, joints).

Pour aller plus loin, consultez nos guides sur comment construire une cascade de bassin et quelle pompe choisir pour une cascade.


Erreur #4 : Sous-dimensionner la filtration dès le départ

500 poissons rouges dans 10m³ avec une filtration Oase sous-dimensionnée = eau trouble garantie

La filtration, c'est le cœur du bassin. Trop de clients choisissent leur filtre en fonction du prix ou des recommandations approximatives trouvées en ligne, sans tenir compte du volume réel du bassin et de la population de poissons prévue.

J'ai un exemple parfait : un bassin de 10m³ équipé d'une filtration Oase Biotec screenmatic complètement sous-dimensionnée. Le propriétaire avait acheté 10 poissons rouges il y a 20 ans. Aujourd'hui, il y en avait 500. L'eau était trouble en permanence, la filtration ramait, impossible de maintenir un équilibre. Nous avons dû reprendre une bonne partie des poissons pour les offrir à d'autres clients.

Ce qu'il faut retenir : Dimensionnez toujours votre filtration en fonction du volume réel de votre bassin, mais aussi de la charge en poissons. Un bassin de 15 m³ avec 10 koïs de 10 cm n’a absolument pas les mêmes besoins de filtration qu’un bassin de 15 m³ avec les mêmes 10 koïs après quelques années, lorsqu’ils atteignent 60–70 cm.

Les poissons grandissent, mangent davantage, produisent plus de déchets : la charge organique augmente fortement avec le temps. Il faut donc toujours prévoir une filtration largement dimensionnée dès le départ.

Pour bien choisir votre système, lisez notre article sur la filtration maison évolutive et performante.


PARTIE 2 : LES ERREURS D'ENTRETIEN

Ces erreurs-là sont différentes : elles ne sont pas liées à la construction, mais à la façon dont vous entretenez votre bassin au quotidien. La bonne nouvelle, c'est qu'il est encore temps de corriger avant le redémarrage du printemps.

Erreur #5 : Laisser la population de poissons exploser

On l'a vu plus haut avec les 500 poissons rouges dans 10m³, mais c'est tellement fréquent que ça mérite d'être traité à part.

Beaucoup de clients achètent quelques poissons rouges au démarrage du bassin. Ces poissons se reproduisent facilement, et au bout de quelques années, vous vous retrouvez avec une surpopulation ingérable. Résultat : eau trouble, filtration saturée, poissons stressés et malades.

Ce qu’il faut retenir : adaptez toujours la population de poissons au volume réel de votre bassin.
Pour les carpes koï, comptez en moyenne 1 koï pour 1,5 m³ d’eau.
👉 Cela signifie que 10 m³ permettent d’accueillir environ 6 à 7 koïs adultes, pas davantage.

Si la population devient trop importante (croissance, reproductions), n’hésitez pas à donner ou replacer certains poissons auprès d’autres passionnés ou d’associations : votre bassin vous dira merci, et vos poissons aussi.

Utilisez notre calculateur de quantité de nourriture pour ajuster vos apports en fonction de la population réelle et éviter la suralimentation qui aggrave le problème.


Erreur #6 : Arrêter la filtration l'hiver pour économiser l'électricité

C'est l'erreur d'entretien que je vois le plus souvent, et c'est celle qui provoque le plus de dégâts au redémarrage du printemps.

Beaucoup de propriétaires de bassins coupent leur filtration en hiver en pensant que l'eau froide ralentit le développement des algues et que les poissons n'ont pas besoin de filtration quand ils sont en hibernation. C'est faux, et c'est dangereux... pour la majorité des bassins.

La réalité terrain : chaque bassin est différent

Sur les réseaux sociaux, vous verrez toujours quelqu'un dire "Moi j'éteins ma filtration chaque hiver et je n'ai jamais eu de problème." Et c'est peut-être vrai pour lui. Mais avant de faire pareil, posez-vous cette question : est-ce que votre bassin ressemble au sien ?

Un bassin de 50m³ avec une dizaine de petits poissons rouges peut effectivement encaisser un arrêt de filtration l'hiver. Le volume est tellement important par rapport à la charge organique que l'équilibre se maintient naturellement, même sans circulation.

Mais si vous avez un bassin de 10 à 20m³ avec 30 koïs ou 100 poissons rouges, vous n'êtes pas du tout dans la même configuration. Arrêter la filtration dans ce cas, c'est jouer à la roulette russe avec vos poissons.

Il existe des milliers de configurations possibles : volume du bassin, nombre et taille des poissons, profondeur, exposition au soleil, présence ou non de plantes, qualité de l'eau en entrée d'hiver... Tous ces facteurs jouent sur la capacité du bassin à supporter un arrêt de filtration.

Le principe de base : si vous ne savez pas, laissez tourner.

Voici ce qui se passe réellement quand vous arrêtez la filtration :

L'eau froide ralentit effectivement le développement des algues, mais elle ne stoppe pas la fermentation des matières organiques au fond du bassin (feuilles mortes, déjections de poissons, restes de nourriture). Ces matières produisent des biogaz toxiques (méthane, sulfure d'hydrogène) qui sont plus lourds que l'eau et restent piégés au fond. Sans circulation d'eau, ces gaz s'accumulent et intoxiquent lentement vos poissons.

Au printemps, quand vous redémarrez la filtration, deux problèmes apparaissent immédiatement :

  1. Explosion d'algues : L'eau non filtrée tout l'hiver est chargée en éléments nutritifs fermentés. Dès que la température remonte et que la filtration redémarre, les algues profitent de cette charge organique pour se développer massivement. Eau verte garantie.
  2. Déséquilibre en oxygène : Le redémarrage brutal de la filtration provoque un brassage qui libère les biogaz accumulés et perturbe l'équilibre de l'eau. Les poissons, déjà affaiblis par l'hiver, subissent un stress supplémentaire.

Ce qu'il faut retenir :

Par défaut, ne coupez jamais complètement votre filtration l'hiver. Vous pouvez ralentir le débit si vous voulez économiser de l'électricité (50% du débit peut suffire), mais maintenez une circulation minimale pour évacuer les gaz toxiques et maintenir un minimum d'oxygénation.

Si vous décidez malgré tout d'arrêter votre filtration (parce que votre bassin est très volumineux avec peu de poissons, par exemple), faites-le à vos risques et périls. Vous devrez alors :

  • Installer au minimum un bulleur pour oxygéner l'eau
  • Nettoyer à fond le bassin avant l'hiver (retirer toutes les feuilles, débris, excès de vase)
  • Prévoir un travail important de rééquilibrage de l'eau au printemps
  • Accepter le risque de pertes de poissons

Un bassin vivant est un bassin en mouvement, même en hiver.

Consultez notre guide des 4 pour équilibrer l'eau de votre bassin facilement pour adapter votre entretien toute l'année, et découvrez comment stopper les algues efficacement.


Erreur #7 : Sous-alimenter les poissons en hiver

Autre erreur classique : donner trop peu de nourriture aux poissons pendant l'hiver, ou arrêter complètement l'alimentation dès que les températures chutent.

Je vois souvent des poissons maigres et faibles au sortir de l'hiver. Ces poissons n'ont pas constitué de réserves suffisantes avant l'hibernation et arrivent au printemps sans aucune résistance. Ils sont vulnérables aux maladies, au stress, et parfois ils ne survivent pas au redémarrage du bassin.

Ce qu'il faut retenir : Les poissons continuent de manger en hiver, mais en quantité réduite. Dès que la température de l'eau descend en dessous de 10°C, passez à une nourriture spéciale "basses températures" (riche en germe de blé, facile à digérer) et donnez de petites quantités 2 à 3 fois par semaine. Ne nourrissez plus du tout en dessous de 5°C.

En automne, avant l'arrivée du froid, augmentez les apports pour que vos poissons constituent des réserves. Un poisson bien nourri en automne passera l'hiver sereinement.

Utilisez notre calculateur de quantité de nourriture pour ajuster vos rations selon la température de l'eau et la taille de vos poissons.

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Février-Mars : le moment clé pour tout vérifier

Si votre bassin est déjà en place, février et mars sont les mois parfaits pour anticiper le redémarrage du printemps. C'est maintenant qu'il faut agir, avant que les températures remontent et que les algues explosent.

Checklist bassin avant le printemps :

Vérifications techniques :

  • Contrôler l'état de la membrane EPDM (pas de perforation, pas de zone fragilisée sous des pierres lourdes)
  • Vérifier les joints et raccords de plomberie
  • Tester le bon fonctionnement de la pompe et du système de filtration
  • Remplacer l'ampoule UV (durée de vie : 1 an maximum, même si elle s'allume encore)
  • Nettoyer à fond les masses filtrantes (mousses, brosses japonaises, supports bactériens)

Qualité de l'eau :

  • Tester les paramètres de l'eau (GH, KH, pH, nitrites, nitrates) avec notre calculateur de test d'eau
  • Si besoin, réajuster les valeurs avant le redémarrage complet

maitriser equilibre eau bassin

Préparation biologique :

  • Réensemencer avec des bactéries spéciales "démarrage" dès que la température dépasse 8-10°C
  • Commencer à augmenter progressivement la nourriture des poissons (petites quantités, nourriture digeste)

Nettoyage et entretien :

  • Retirer les feuilles mortes et débris accumulés au fond
  • Tailler les plantes aquatiques mortes ou abîmées
  • Vérifier l'état des berges et des plantations

Population :

  • Évaluer la population de poissons (si surpopulation, envisager d'en donner)
  • Adapter les quantités de nourriture avec notre calculateur de nourriture

Conclusion

Les catastrophes de bassin ne sont jamais une fatalité. Elles résultent toujours d'erreurs de construction ou d'entretien qui auraient pu être évitées avec les bonnes informations au bon moment.

Si vous prévoyez de créer un bassin prochainement, prenez le temps de bien faire dès le départ : un terrassement correct avec des marches, une membrane bien posée sans construction lourde dessus, une filtration dimensionnée large, et des équipements (cascades, lames d'eau) adaptés.

Si vous avez déjà un bassin, profitez de février-mars pour tout vérifier avant le redémarrage du printemps. C'est maintenant que vous pouvez corriger les erreurs d'entretien : nettoyer la filtration, changer l'UV, tester l'eau, réajuster la population de poissons.

Mes 15 années d'expérience m'ont appris une chose : un bassin bien conçu et bien entretenu peut durer des décennies sans problème. Mais un bassin mal parti devient vite un gouffre financier et une source de frustration.

Ne laissez pas votre bassin virer au cauchemar.


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